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Le Ghana a saisi le 20 février dernier le Tribunal International du droit de la Mer (TIDM) sous l’égide de la Convention des Nations Unies de droit de la mer (CNUDM)

 il sagit d’une requête visant la délimitation de la frontière maritime avec le Togo.

Cette démarche juridique dévoile une crise restée longtemps latente qui vient de quitter le terrain de la négociation pour les tribunaux.

Le différend maritime entre le Togo et le Ghana est présenté par les amateurs comme une simple controverse technique relative à la délimitation des zones économiques exclusives au regard de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

Certains, les plus naîfs arguent qu’il n’a aucun lien avec l’histoire coloniale du partage du Togo.

Cette approche, strictement classique, est insuffisante, ingénue et erronée.

Une lecture géopolitique plus large révèle que le contentieux maritime constitue une conséquence différée du démantèlement du Togoland allemand et du rattachement du Togoland britannique à la Gold Coast en 1956.

La division du Togoland entre puissances mandataires en 1919, puis le plébiscite de 1956, ont redessiné l’espace territorial.

La conséquence géographique est objective : la façade maritime togolaise est structurellement limitée.

Or, la jurisprudence internationale montre que la projection maritime découle mécaniquement de la configuration terrestre. L’affaire mer Noire (2009) ou encore l’affaire Ghana/Côte d’Ivoire (2017) ont confirmé que la longueur du littoral influence directement les espaces maritimes attribués.

Ainsi, la contrainte maritime actuelle du Togo trouve son origine dans une décision coloniale antérieure.

Mémoire politique et géographie énergétique

Bien qu’aucune revendication territoriale terrestre ne soit officiellement formulée, la question du Togoland britannique demeure un élément sensible dans l’histoire régionale.

Le bassin offshore de Keta, au cœur du différend, prolonge géologiquement une région historiquement intégrée au Togoland britannique.

Les travaux de Le Billon sur la géopolitique des ressources démontrent que les espaces énergétiques situés dans des zones historiquement contestées tendent à amplifier les tensions latentes.

Il serait donc analytiquement erroné d’isoler le facteur pétrolier de la crise maritime de la matrice historique incarnée par le partage colonial du Togo.

Après la Première Guerre mondiale, le Togoland allemand est divisé entre la France et le Royaume-Uni. En 1956, la partie britannique est rattachée à la Gold Coast, future Ghana.

Conséquence directe : le Togo perd une extension territoriale vers l’ouest.

Aujourd’hui, la côte togolaise mesure environ 56 kilomètres.
Celle du Ghana dépasse 569 kilomètres.

Pourquoi est-ce important ?

Parce qu’en droit maritime, la projection en mer dépend de la longueur de la côte.

Quand on applique la règle d’équidistance prévue par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, la courte façade togolaise se retrouve mécaniquement comprimée.

Autrement dit, la décision terrestre de 1956 influence directement la géographie maritime de 2026.

 Le Golfe de Guinée dans la recomposition énergétique mondiale

Dans un contexte international marqué par l’instabilité des corridors énergétiques traditionnels, le Golfe de Guinée acquiert une importance stratégique accrue.

Les grandes puissances privilégient une stabilisation juridique rapide afin de sécuriser les investissements offshores.

Cependant, un arbitrage purement technique risque de figer juridiquement la ligne sans traiter les asymétries structurelles héritées de la colonisation.

En conclusion, le différend maritime Togo–Ghana ne constitue pas un conflit isolé du passé colonial. Il représente la projection maritime d’une fracture territoriale issue du démantèlement du Togoland.

La stabilité durable ne pourra reposer uniquement sur une décision arbitrale. Elle nécessitera une coopération énergétique et transfrontalière qui tienne compte des sensibilités historiques.

Réduire le contentieux à une querelle pétrolière revient à ignorer la profondeur historique qui structure encore l’espace stratégique ouest-africain.

Carlos KETOHOU

Sociologue, Journaliste, analyste géopolitique

www.carlosketohou.com